vendredi 9 août 2013

Le sens des mots pour mieux comprendre l'Islam

En cette période de l'Aïd el-fitr, qui marque la rupture du jeûne, après 29 jours de Ramadan, il me semble important de chercher le sens de ces mots que l'on utilise et que l'on entend chaque jour. Je ne prétends aucunement être un spécialiste de l'Islam, je ne livre ici que le fruit de mes recherches documentaires à la bibliothèque de l'Alcazar (Marseille) ainsi que sur internet (sur des sites que je juge fiables comme Le Robert, Larousse, Le Monde, Le Monde diplomatique...)

Le premier des termes que je choisis a pris une connotation très négative en France, les « Arabes », empreinte de ce racisme latent qui me glace littéralement le sang. Ce sont pourtant les lointains descendants d'une souche localisée dans la péninsule arabique (qui comprend 7 Etats : l'Arabie saoudite, le Yémen, Oman, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Koweït et Bahreïn), cette immense zone géographique située entre l'Asie et l'Afrique. Au fil des conquêtes et des migrations de l'Histoire, les Arabes se sont installés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Ils sont environ 230 millions d'habitants, vivant dans 22 Etats. En réalité, ceux que nous appelons ici les « Arabes » sont nos voisins d'outre-Méditerranée : les Maghrébins. Le Maghreb regroupe l'Algérie, le Maroc et la Tunisie.
Bien que parlant une langue commune, l'arabe (aux dialectes multiples), le « monde arabe » est très diversifié.
Les Arabes sont en très grande majorité musulmans sunnites, avec des minorités chiites, druzes et alawites. On trouve également des communautés chrétiennes telles que les Coptes en Egypte.
L'apport du monde arabe à l'Europe est considérable en matière économique (commerce), culturelle (poésie, littérature, calligraphie), scientifique (algèbre, médecine), c'est ce qu'oublient de dire ceux qui prétendent que nous n'aurions qu'une histoire chrétienne.

Au sens étymologique, le mot « islâm » peut être traduit par « soumission à la volonté de Dieu », mais il faut rappeler qu'il contient la même racine arabe que « salâm » (« paix »). Le message de l'Islam est donc un appel à la paix, comme les autres religions. L'Islam est une religion monothéiste fondée par Mahomet, qui vécut entre 510 environ et 630. Selon la foi musulmane, les premiers principes lui ont été progressivement révélés par l'ange Gabriel. Il les a répétés puis dictés, ce qui donna naissance au Coran. Contraint de s'exiler de La Mecque à Médine, il devint l'unificateur de l'Islam. Après la mort de Mahomet, plusieurs branches sont nées d'un schisme entre les partisans de ses différents successeurs : les sunnites (considérés comme les orthodoxes musulmans, partisans du successeur Abou Bakr), et les chiites (partisans d'Ali).

Le Coran (114 sourates) révélé à Mahomet par Dieu, est, avec la Tradition, le fondement de la vie religieuse et politique de l'Islam. La loi canonique (charia) fixe les 5 piliers de la religion : 1) la profession de foi, 2) la prière rituelle 5 fois par jour, 3) le jeûne du Ramadan, 4) le pèlerinage à La Mecque une fois dans la vie, 5) l'aumône rituelle.

Il faut rappeler que les religions dites « du livre » tiennent une place importante dans l'Islam, qui reconnaît les « Ecritures » : Torah, Psautier, Evangile ainsi que les prophètes Adam, Noé, Abraham, Moïse et Jésus (qui n'est pas considéré comme le fils de Dieu).

Les statistiques sur le nombre de Musulmans varient selon leur mode de calcul, ils seraient 1,2 milliards à travers le monde, répartis en majorité au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique, et entre 2 et 5 millions en France (soit entre 3 et 7 % de la population française). Notons qu'il est – heureusement – interdit d'établir des études statistiques sur la religion ou les origines ethniques.

Enfin, l'islamisme (appelé aussi fondamentalisme musulman) désigne, depuis les années 1970, les différents courants les plus radicaux qui souhaitent faire de l'Islam une idéologie politique et non seulement une religion. Le mot « jihâd », utilisé par les fondamentalistes, signifie la « lutte », certes, mais celle que chacun doit d'abord opérer en lui-même pour fuir ses propres démons et les tentations, et ne pas commettre de péchés. Si la « charia » (littéralement « le chemin qu'il faut suivre ») est l'ensemble des lois et codes régissant la vie musulmane, elle fait l'objet de nombreuses interprétations par les différents groupes religieux et les théologiens, allant jusqu'aux plus radicales, à travers les mouvements terroristes, par exemple au nord du Mali, au Niger ou en Afghanistan.

Ce qu'il faut comprendre dans le choix des mots, c'est qu'ils ne sont jamais anodins, et toujours connotés par l'histoire et le contexte dans lequel les événements se produisent. Des débats incessants continuent de diviser le monde entier sur la place et le rôle de la femme, pourtant reconnus dans le Coran, ou la compatibilité entre la religion et la démocratie. Or, il y a tellement d'exemples, sur le terrain, qui montrent que « cela fonctionne », grâce au dialogue inter-religieux, aux milliers d'associations qui œuvrent, à l'éducation et la prévention ! Nous le voyons bien à travers la culture, la musique, la littérature, la poésie ! Pourquoi ne parle-t-on que des incidents et des provocations, et jamais des réussites ? Pour une jeune femme refusant de présenter sa pièce d'identité à des policiers qui la contrôlent parce qu'elle porte le voile intégral, combien de milliers de jeunes femmes qui mènent leur vie sans déranger personne ? Si les islamistes constituent un réel danger, y compris en France, il ne sert à rien de généraliser cette question à l'ensemble des Musulmans, qui sont des femmes, des hommes, des familles, des jeunes, qui ne demandent pas autre chose que de vivre harmonieusement, dans la société française d'aujourd'hui. On préfère couper court à l'histoire et faire de sacrés amalgames sur le voile, l'alimentation, la pratique religieuse, etc. En tant que deuxième religion en France, qu'on le veuille ou non, il serait peut-être temps qu'une grande ville comme Marseille accélère la construction d'une vraie mosquée pour permettre aux musulmans de ne plus prier dans les rues ou dans les immeubles, ce qui dérange tant certains au sein de la droite dure ou extrême. Le lit du Front National a été largement dressé avec les draps du mensonge, du raccourci et de la stigmatisation systématique... En temps de crise, il est de bon ton de s'en prendre aux Autres, aux étrangers (même si leurs grands-parents sont arrivés en France à une période où nous avions besoin de faire venir toute une main d'oeuvre du Maghreb pour travailler sur les chantiers, dans l'industrie...) Pourquoi parle-t-on d'eux bien plus aujourd'hui qu'il y a seulement 50 ans ? Il faudrait un long rappel de l'histoire de l'immigration (surtout sur ses raisons économiques et démographiques) et de la difficulté de la France à « intégrer » (ce mot est une aberration à lui tout seul!) ces générations qui se sont senties abandonnées, mal reconnues, mal considérées, sans espoir d'être enfin regardées comme des citoyennes et des citoyens français. Mais attention ! Chacun a sa part de responsabilité, et les communautés musulmanes doivent aussi reconnaître la leur : je pense à ces jeunes que j'accompagne en formation et qui expriment maladroitement une colère et un mépris pour la France, alors qu'ils sont français, immigrés de 3ème ou 4ème génération ! Les dérapages politiques, largement amplifiés par les médias, contribuent à cette double image négative (« ils ne veulent pas s'intégrer / ils profitent du système et des aides sociales » d'un côté, « la France ne fait rien pour nous aider » de l'autre), laissant la place à tous les préjugés et contre-vérités historiques !

Le travail qui nous attend est titanesque pour que les regards changent, des deux côtés. Outre le respect de la loi et de la laïcité, qui doit être le même pour tous, c'est par le dialogue, l'éducation et le lien social que nous devons y parvenir, car c'est la cohésion de toute notre société qui est en train de vaciller. Etre un Etat laïque digne de ce nom, ce n'est pas s'en prendre aux religions, c'est défendre la séparation des églises et des affaires publiques (les récents débats sur le « mariage pour tous » en ont montré les limites avec les comportements indignes d'une minorité de manifestants se réclamant du catholicisme !), c'est permettre une juste place à la religion dans la sphère publique et faciliter sa pratique dans la sphère privée.

Un excellent dossier peut être consulté sur le site de France Télévision Education.

Je recommande également l'émission "Ça va, ça vient" sur LCP consacrée à l'Islam :


Des chansons pour illustrer cet article : 

1) "La rose et le réséda", poème d'Aragon superbement mis en musique par Bernard Lavilliers et interprété par Juliette Gréco. Ce poème est dédié à quatre grandes figures de la résistance : Gabriel Péri (membre du Parti communiste), Honoré d'Estienne d'Orves (rallié au Général de Gaulle), Guy Moquet (fils d'un député communiste), Gilbert Dru (qui développa la Résistance au sein de la Jeunesse Chrétienne). Il montre que des êtres humains, qu'ils soient croyants ou non, sont capables de s'unir pour défendre une juste et noble cause.




2) "12 septembre 2001", d'Abd Al Malik, dont je recommande également la lecture de "La guerre des banlieues n'aura pas lieu" (Le Cherche Midi). Il a d'ailleurs écrit pour Juliette Gréco et travaillé avec son époux, le compositeur Gérard Jouannest (connu pour son travail avec Jacques Brel notamment).




3) "L'Arabe" de Serge Reggiani, très belle chanson sur la fraternité :




4) "Taj Mahal" de Michel Jonasz, magnifique hommage à l'immense mausolée situé en Inde et construit par l'empereur moghol Shâh Jahân, en pleine apogée de l'Islam, et en mémoire de son épouse :





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LA MALADIE DE LA TIARE DANS LE QUARTIER DE L’IMPERATOR : un article de Chenda Chuon

  Article à lire ici ! Enorme merci à Chenda Chuon pour sa fidélité sans faille !