lundi 31 octobre 2016

La chanson de Jean.

1981, j’ai 8 ans, l’âge des pourquoi et des comment, et j’entends, sur France Inter, une chanson qui me bouleverse beaucoup, déjà, surtout cette terrible phrase : 
« Je m’dis qu’un jour prochain dans le gouvernement
Il y aura un ministre dans un fauteuil roulant
Qui f’ra voter une loi par tous les députés
Pour qu’ les boutons des ascenseurs je puisse les appuyer
Tu vois qu’ je cours, je cours, je cours,
J’ cours dans ma tête à en mourir ». 
(Je cours dans ma tête, sur un texte de Frank Thomas, oui, l’auteur entre autres de chansons pour Marcel Amont, Hugues Aufray, Gérard Berliner et même Michel Jonasz, Joe Dassin, Claude François).
Il faudra attendre encore jusqu'en 2005 pour qu'une loi sur les droits des personnes en situation de handicap soit enfin mise en œuvre ! Cette chanson y a, peu ou prou, contribué, avec la mobilisation des associations. En 2016, nous voyons bien tout le travail qu'il reste à faire !


Retour aux années 80-90. En classe, la maîtresse du CE1 nous fait chanter La route est courte. Bien des années plus tard, de camps scouts en aumôneries, je découvre que l’auteur de ces chansons est Jean Humenry, tout comme Ouvre tes volets, Un vent de liberté, C’est une espérance. Ah, les fameux carnets de chansons Diapason, parus aux Presses d’Ile-de-France (maison d’édition des Scouts et Guides de France), avec les paroles et les accords de guitare de centaines de chansons !

« C’est de la chanson chrétienne », me rétorquera-t-on avec méfiance, condescendance ou ironie. Peut-être. Mais Jean est de ceux qui, avec ses amis Bernard Haillant, Mannick, Jo Akepsimas ou Gaëtan de Courrèges, ont écrit des chansons intelligentes, bien écrites, loin de « Jésus revient parmi les siens ». (Et puis d’abord, d’illustres artistes ont eux aussi parlé de leur foi avec talent, dans des univers très différents, de Bob Dylan à Félix Leclerc, des gospels au jazz, d’Yves Duteil à Michel Delpech).

Dans les années 2000, alors que j’essaie de percer, moi aussi, dans la chanson, Jean est de ceux qui ne cessent de m’encourager, discrètement mais sûrement, ce qui est essentiel quand on a besoin de la reconnaissance de professionnels. Il a tout de même fait les levers de rideau de Jacques Brel et partagé la scène et les plateaux télé avec Georges Moustaki ou Maxime Le Forestier !

Si j’osais, je dirais qu’on a tous quelque chose en nous de Humenry. Ce qui me plaît dans les chansons de Jean, c’est qu’elles touchent au cœur de l’humanité, cherchant plutôt à célébrer le beau que de s’engager « contre », à parler de la vie quotidienne des plus démunis, des gens simples, des exclus (les vagabonds, les marginaux, les taulards) plutôt que celle des puissants. Le nouveau CD qui paraît ces jours-ci, Boucler la boucle, ne contient que des chansons profondément humaines et humanistes : « Il fait pas bon être coincé / Du mauvais côté de la voie ferré », « Dans votre vie de rêve / Je suis le balayeur ». Jean a de la « fascination pour ceux qui prennent des coups et qui avancent généreusement, toujours en souriant, comme si de rien n’était », écrit-il en introduction à la « Litanie de l’homme qui sourit ». A chaque mot, à chaque note, c’est de nous, c’est à nous qu’il parle. En écoutant la Drôle de comptine, j'ai pensé à Alep, à Mossoul, à Bangui.

Bien sûr, on sent des ambiances, des influences. Certains textes sont inspirés par Jean Debruynne, complice de toujours, ou par l’étonnant Robert-Louis Stevenson. Figure également un magnifique poème de Sylvie Méheut, « Aux poudres du chemin ». Côté musiques, le CD sonne très rock parfois, ou ballade acoustique. De très grandes pointures ont prêté main forte à cet enregistrement : l’harmonica de Jean-Jacques Milteau, les percussions de Denis Benarosh, l’accordéon de Roland Romanelli, les basses de Bernard Paganotti et Tony Bonfils, la guitare de Jack Ada, tout cela magistralement orchestré et dirigé par Charles Humenry. 

Et puis, il y a la 8ème chanson, J’ vois comme des petits miracles. Cet été 2016, nous sommes une cinquantaine, connus ou non, à être sollicités par Jean pour faire partie d’un projet un peu fou : une chorale virtuelle et éphémère sur cette chanson, à distance ou dans le studio de Jean, pour chanter deux phrases. C’est un honneur et un vrai bonheur d’y être en compagnie d’illustres choristes comme Mannick, Gaëtan de Courrèges, Patrick Discala, Jacky Galou (Nagawicka, ça vous dit quelque chose ?) et mon pote Yann Malau. La chanson évoque, en mots simples et beaux, « Tous ces héros du quotidien / Qui s’ battent pour changer leur destin ». 


Le disque s’achève sur Boucler la boucle, titre de l’album. Une chanson en forme d’au-revoir à la chanson mais pas d’adieu à l'écriture. Jean dit que ce sera son dernier, mais il fourmille de projets et d’activités. Il y a le prestigieux label de CD pour enfants de ADF Bayard Musique, « Arc-en-ciel », dont il est le directeur artistique. Il vient aussi de publier deux livres : Raymond Fau, le mendiant de lumière (chez Fayard), Des ronds dans l’eau (collection Mille textes chez les Presses d’Ile-de-France). Et il y a un projet de biographie que Jean me confie, dans lequel il racontera, à sa guise, son parcours riche de rencontres. Je n’en serai que le scribouillard admiratif et attentionné.




Pour commander le CD de Jean Humenry, Boucler la boucle, ADF Bayard Musique, distribution Harmonia Mundi : http://www.jean-humenry.com, chez les disquaires à compter du 10 novembre.


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LA MALADIE DE LA TIARE DANS LE QUARTIER DE L’IMPERATOR : un article de Chenda Chuon

  Article à lire ici ! Enorme merci à Chenda Chuon pour sa fidélité sans faille !