samedi 8 décembre 2012

Points de vue sur le BAFA et son évolution.




Au fur et à mesure que je parle de mon livre ici et là, de manière formelle (débats, rencontres...) ou informelle, je suis de plus en plus convaincu de la nécessité de croiser les regards sur cette formation et sur son évolution souhaitable.

Le BAFA, né en 1973, n'est peut-être plus tout à fait adapté aux réalités socio-économiques de notre époque épique et opaque... En 2012, les temps ont changé, nous avons changé dans nos comportements, les enfants ont changé dans leur rapport au monde et à l'ultra-consumérisme qu'ils subissent et reproduisent à tous les niveaux : ce « zapping » permanent d'informations, de savoirs, de goûts, de couleurs, à tel point qu'ils n'ont sans doute plus le temps de recevoir, de digérer et de réutiliser tout ce savoir pour leur propre vie. Ou bien est-ce nous qui vieillissons plus vite que leur capacité à grandir très (trop ?) vite par rapport à ce que nous étions, adolescents et enfants ?

Au fond, la véritable question n'est-elle pas : que voulons-nous comme société pour aujourd'hui et pour demain ? Quelles sont les valeurs auxquelles nous croyons encore, nous qui passons souvent pour des dinosaures quand, dans nos « nuits au musée », tels Teddy Roosevelt (1), nous reprenons notre palefroi en hurlant « nous sommes militants de l'éducation populaire » ! Je tourne cela en dérision, bien sûr, en repensant aux visages des stagiaires animateurs, médusés que je fasse le lien entre Condorcet, Jean Macé, Célestin Freinet et les réseaux sociaux !

Il y a un décalage entre ce que les stagiaires apprennent et acquièrent en formation générale BAFA et ce qu'ils trouvent en arrivant sur le terrain concret de leur stage pratique : c'est le ressenti de beaucoup de directeurs d'accueils collectifs de mineurs. Les modules du BAFA, construits à partir du référentiel, demeurent flous et généralistes, ce qui est avantageux pour les formateurs et organismes qui conçoivent leurs séquences de formation avec une certaine autonomie tout en respectant le cadre. L'inconvénient, ce sont les interprétations multiples que ce flou engendre, par exemple en ce qui concerne la législation : apprise presque par cœur pour certains (il faut absolument tout connaître et maîtriser sur le bout des doigts pour prévenir et éviter le risque et l'accident), ou conçue comme un vrai outil d'aide aux animateurs (et donc à consulter régulièrement pour être à jour des informations et nouveaux textes). Derrière cela, il y a la peur du risque et l'obsession de tout respecter à la lettre : je prends dans mon livre l'exemple du rang, qui devient obsessionnel et mécanique chez certains animateurs et directeurs alors qu'il suffit de rassembler les enfants dans le calme, de leur donner les consignes, sans forcément les mettre en rang deux par deux pour traverser la cour du centre ou passer d'une salle à l'autre. En revanche, le rang reprend complètement tout son sens lorsqu'il s'agit d'une rue à suivre ou d'une route à traverser, de monter dans un métro, etc.

Un autre exemple : les modules de « connaissance de l'enfant », souvent reçus comme vérités absolues et intangibles, alors que les informations sur la psychologie et le développement des enfants à chaque tranche d'âge sont des indications, des éléments de réponses et d'explications, et que les frontières entre l'enfance et l'adolescence ne sont plus tout à fait les mêmes qu'en 1973 ou que dans les années 1990 voire 2000.

En formation générale, on apprend, selon l'organisme de formation que l'on a choisi, des techniques d'animation, soit de manière très théorique (c'est du moins, encore une fois, le ressenti de stagiaires et de directeurs) soit en pratiquant ces techniques pour les analyser et travailler sur de la méthodologie (projet, évaluation). Apprendre des chants, cela ne peut se faire qu'en chantant dans les stages. Mais les animateurs ont parfois beaucoup de mal à réutiliser cela avec les enfants, car le chant est une activité qui peut paraître archaïque selon la manière dont on l'amène. Quels types de chants utiliser ? Comment donner le goût du chant aux enfants si l'animateur n'y prend pas plaisir lui-même ? A l'heure de Spotify, Deezer, I-Tunes et You Tube, où l'on a accès à (presque) tout et gratuitement, comment puiser dans le répertoire des chansons adaptées aux enfants (traditionnelles ou modernes) tout en créant des passerelles avec ce qu'écoutent les enfants et les jeunes aujourd'hui : entre Hugues Aufray et Sexion d'Assault, entre Anne Sylvestre et Amel Bent (2) ? Je suis volontairement provocateur, mais je suis certain que l'on peut justement créer des liens interculturels et intergénérationnels, pour inciter les enfants et les jeunes à écouter des musiques diverses, dans des styles différents, et non s'enfermer dans un code ou dans une norme...

Cela pourrait également être réfléchi pour le sport, les activités manuelles, les nouvelles technologies, les réseaux sociaux... Plutôt que de pages Facebook envahies par les photos privées des enfants et des animateurs, je verrais bien des pages Facebook sur la vie des centres, montrant tout ce que les animateurs et les enfants sont capables de créer, d'imaginer, d'inventer... Cela existe déjà, je le sais !

La formation BAFA a peut-être raté ce virage de l'évolution de notre société, des nouvelles technologies. Elle devrait être améliorée, réformée, retravaillée, en concertation avec les organismes de formation, mais pas uniquement, car ne soyons pas dupes : avec la logique des appels d'offres destinés à recevoir des habilitations et des financements, la formation est un marché et une manne financière. Quitte à ce que les grandes fédérations dites d'éducation populaire y perdent leur âme pour survivre économiquement !

La formation BAFA concerne également les formateurs eux-mêmes, les directeurs qui sont sur le terrain, et bien sûr le Ministère de la Jeunesse, des Sports, de l'Education Populaire et de la Vie Associative, qui n'existe que depuis mai 2012 (laissons-lui un peu de temps pour s'organiser et mettre en place des politiques de jeunesse en ce contexte très tendu de crise !)

Mon livre est d'abord destiné aux jeunes qui voudraient « passer le BAFA », et ils y trouveront des informations pratiques (pour choisir un organisme de formation, trouver son stage pratique...) et des éléments sur l'histoire de l'animation. J'y fais plusieurs propositions, qui ont été nourries par mes échanges avec tous les acteurs. Je n'ai pas la prétention de détenir des vérités absolues, ma démarche n'est pas de révolutionner le monde et de jeter des pavés dans la mare, mais plutôt de poser des questions, d'encourager chacun des acteurs à prendre part dans ce vaste débat.

La formation BAFA doit être défendue, promue avec le plus grand soin, car c'est, pour beaucoup de jeunes, une première immersion dans la vie professionnelle, c'est un atout sur un CV, c'est aussi un « rite de passage » vers l'âge adulte. En plus de tout cela, c'est la formation qui permet à de jeunes animateurs d'organiser la vie des accueils collectifs de mineurs qui, rappelons-le, reçoivent plus d'un million d'enfants en France chaque année.

(1) Oui, j'ai des références cinématographiques parfois bizarres : l'excellente comédie « La nuit au musée » avec Ben Stiller et Robin Williams jouant le rôle de cet ancien président des Etats-Unis !
(2) Il y a une quinzaine d'années, je menais justement, avec ma guitare et mes cassettes, des ateliers autour du chant pour justement créer ces passerelles et ces liens. Je me souviens d'une séance avec de jeunes rappeurs qui me demandaient comment « sampler » des chansons d'Edith Piaf et me faisaient remarquer que Renaud et Brassens avaient, chacun dans son style personnel, les mêmes « revendications » que MC Solaar, IAM ou NTM ! Je buvais du petit lait en les écoutant dire cela ! C'est ce qui m'a amené, en 1998, à enregistrer mon CD pour enfants "Histoires à tenir debout" (voir page « boutique »)

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LA MALADIE DE LA TIARE DANS LE QUARTIER DE L’IMPERATOR : un article de Chenda Chuon

  Article à lire ici ! Enorme merci à Chenda Chuon pour sa fidélité sans faille !